Fernand Demany

Fernand Demany (1904-1977), journaliste belge engagé, combat le fascisme dès les années 30. Résistant de la presse clandestine, figure du Faux-Soir et du Front de l’Indépendance, il poursuit après-guerre une carrière politique et journalistique marquée par l’indépendance d’esprit.

Né à Liège, le 26 juin 1904, Fernand Demany perd son père, à l’âge de deux ans. Sa mère, en charge de deux jeunes enfants, décide de gagner Anvers où réside son frère médecin. Fervente catholique, elle décide d’inscrire Fernand au Collège Notre-Dame, tenu par les Jésuites. Forte tête, ce dernier en est exclu à quelques mois de la fin de ses humanités, en février 1921. Son tempérament colérique ne le quittera jamais et exercera une profonde influence sur le reste de sa vie.

Il décide de travailler afin de ne plus dépendre de sa mère. La qualité de sa plume, déjà reconnue, lui permet d’entrer à L’Echo du Soir, avant de passer rapidement au Matin, journal anversois de tendance libérale. Fernand Demany y couvre toutes les matières, aussi bien en français qu’en néerlandais. Repéré par la direction du Soir, il intègre le grand quotidien en 1931 en tant que reporter tout-terrain.

La plume comme arme : un journaliste face à l’occupant

Se situant dans la mouvance libérale, Demany écrit, durant les années 30, de nombreux articles contre le fascisme et le rexisme. Il critique également la politique de neutralité, initiée par le roi Léopold III.  A Paris au moment de la capitulation de mai 1940, il décide de retourner à Bruxelles en septembre 1940. Refusant d’écrire dans les journaux légaux, il obtient, grâce au bourgmestre d’Etterbeek Louis Schmidt, un poste d’employé communal.

En février 1941, Fernand Demany lance, seul, le journal clandestin La Résistance Passive, qui deviendra La Résistance. Ce journal paraîtra à 41 reprises, à raison de 500 à 1000 exemplaires par numéro. Rédigée sur le ton virulent, propre à Demany, cette feuille critique l’attentisme et encourage la résistance armée.

Demany fournit également de nombreux articles à d’autres organes de presse de la Résistance, principalement à La Voix des Belges. Mis en contact par le bourgmestre Louis Schmidt avec le responsable de ce groupe, le catholique Camille Joset, ce résistant à la plume acérée rédige la rubrique consacrée aux traîtres, La Faune des Cloaques, dans ce titre emblématique de la Résistance. L’arrestation de Camille Joset et de Louis Schmidt le 27 avril 1942 pousse Fernand Demany à entrer dans la clandestinité.

Approché au début de l’hiver 1941 -1942 par le docteur Albert Marteaux afin de participer à la fondation du Front de l’Indépendance, Fernand Demany accepte d’en devenir secrétaire national. Il relaie les mots d’ordre du mouvement par le biais des nombreux journaux auxquels il collabore : La Résistance, dorénavant affiliée au Front de l’Indépendance, Libération, Front et bien entendu, le Faux-Soir du 9 novembre 1943.

A l’automne 1943, le Front de l’Indépendance décide de lancer Front, qui paraîtra à quinze reprises d’octobre 1943 à septembre 1944, titrant à plus de 30.000 exemplaires répartis entre Bruxelles et la Wallonie. Ce journal a pour but éditorial d’unir tous les patriotes, au-delà des clivages d’avant-guerre, dans la lutte contre l’occupant et ses affidés. Front se distingue des autres parutions de la Résistance par une campagne contre les dirigeants des banques et des grandes industries, qui se sont mis au service de l’envahisseur. Fernand Demany pourra y déployer tous ses talents de pamphlétaire.

Comme indiqué ci-dessus, il participe activement à la rédaction du Faux-Soir, ce pastiche sorti au nez et à la barbe des nazis, le 9 novembre 1943. Si la réussite de cet héroïque acte de résistance revient, en premier lieu, au responsable brabançon du Front de l’Indépendance, René Noël, Demany y joue également un rôle central. Il sera l’auteur de la majorité des articles dont « Nouvelles du Pays », « Du Décrochage à la Victoire Défensive », « Un Document », « La Feldengendarmerie arrête l’Untersturmfuerher Degrelle » et « Partisans et Réfractaires ». Diffusé à 50.000 exemplaires, ce journal rapporta 343.000 francs à la section brabançonne pour un coût de 25.000 francs.

Un combattant sans guerre : les désillusions de la Libération

Ministre chargé de l’Information au sein du gouvernement Pierlot du 26 septembre 1944 au 16 novembre 1944, il démissionne, avec les deux autres ministres communistes, afin de protester contre le désarmement de la Résistance. Cet évènement marque le déclin politique des mouvements de résistance, phénomène qui sera également patent en France.

Fernand Demany fonde, le 02 octobre 1945, le quotidien L’Eclair, destiné aux résistants. Ce quotidien connaîtra le sort de nombreuses autres publications issues de l’esprit de la Résistance : il périclitera du fait de la baisse rapide de sa diffusion. Demany se lance d’ailleurs dans l’arène politique en se déclarant officiellement membre du parti communiste. Elu député de Charleroi aux élections de février 1946 et rédacteur en chef du Drapeau Rouge, il sera remarqué pour son assiduité aux débats et la qualité de ses interventions. En juin 1950, il sera exclu du parti, qui appréciait modérément ses positions anti-staliniennes.

A partir du 1er mai 1952, il collabore au journal socialiste Le Peuple et au quotidien de la région de Charleroi Indépendance.  Il sera écarté en décembre 1962 du quotidien Le Peuple, en raison de ses critiques contre le Parti Socialiste publiées dans Indépendance. En janvier 1963, il commence une collaboration avec l’organe de presse La Wallonie, avant de devenir rédacteur en chef du Vlan, de juin 1963 à mai 1972. Fernand Demany décède, à Uccle, le 19 juin 1977.

La Commune d’Etterbeek a tenu à rendre hommage à ce journaliste qui, dénonçant dès les années 30 les dangers du nazisme, devint un résistant à la plume acérée dès les premières heures de l’Occupation.